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Nicole, vous vous en souvenez, nous l’avions rencontrée il y a un an. Elle revenait déjà du Nord de l’inde oú elle avait accompagné son fils acupuncteur (A lire ici). Cette année, elle y est retournée, pour aider l’équipe et soigner les moines, et en plus elle parraine un enfant… (Photo de Patrick Shan)
Avec nous aujourd’hui Nicole. Bonjour
Nous avions discuté ensemble il y a un an environ, vous reveniez de l’Inde et de Darhamsala plus précisément.
Tout à fait.
Cette année vous avez encore fait le voyage : Peut être on va rappeler les raisons pour lesquelles vous allez en Inde ?
Donc c’est mon fils qui a crée une association «Humanitrad» ( www.humanitrad.org) pour des soins humanitaires au Bénin, en Roumanie au Dakota du sud, en Inde et l’an prochain à Madagascar.
Pouvez-vous nous expliquez ce que vous allez faire en Inde ?
Pour faire des soins en pharmacopée et en médecine chinoise, c'est-à-dire en acupuncture. Cette année, nous étions 14 pratiquants : des acupuncteurs, des infirmières, des médecins. Il faudrait qu’il y ait beaucoup plus de médecins, dentistes, ophtalmos car il y a besoin de tout au niveau soins. Moi, je ne pratique pas l’acupuncture, je chauffe avec les bâtons d’armoise, avec les boules d’armoise pour chauffer les aiguilles sur les méridiens. Et j’aide tout le personnel à nettoyer les tables, à être présente, voilà.
Vous allez donner des soins, mais il n y a pas que ça, il y a aussi des cours ou des conseils donnés sur place ?
Oui l’hygiène de vie, la nutrition, beaucoup de choses. Et aussi d’apporter un sourire. Il y a le barrage de la langue, je ne parle pas anglais et encore moins tibétain. Mais je surveille car les amis de mon fils acupuncteurs ou médecins me disent : « mamie tu surveilles là et là », donc je surveille 2 ou 3 personnes à la fois : voir s’ils n’ont pas le dos à l’air, mettre un voile de soie sur leur dos pour ne pas qu’ils n’aient pas froid, caresser la joue pour voir si tout va bien : des tas de petites choses pour lesquelles il n’y a pas besoin de parler la langue pour pouvoir dialoguer.
Mais qui sont très précieuses.
Très très précieuses.
D’autant plus que nous avons eu des personnes âgées, enfin elles sont peut être plus jeunes que moi, mais des gens qui ont tellement de souffrances. Ils viennent avec un sourire qui illumine le visage. Des gens qui ont entre 70 et 80 ans qui ont fait 3 à 4 jours de bus, mais pas des bus de chez nous, ce sont des bus maltraités qui viennent par des routes encore plus maltraitées ; ils sont logés dans les monastères ou dans les familles ou parfois ils sont dehors, de façon à avoir des soins gratuits. A la fin des soins, ils nous prennent dans leur bras, pleurent comme des enfants, ne savent que faire, partent en reculant, reviennent, nous saluent. Ce sont des moments inoubliables, ce sont des larmes de part et d’autre.
Ils viennent spécialement pour cette consultation ?
Ils viennent spécialement car l’an dernier ils ont entendu que mon fils et les pratiquants revenaient cette année et que s’ils pouvaient être soignés gratuitement, ça serait bien. Ils nous apportent, suivant leurs moyens, une pomme, une clémentine, des choses inoubliables, des trésors que vous enfouissiez dans votre cœur et que vous ne pouvez pas oublier, même de retour en France. Vous avez toujours une pensée vers eux.
Tous ces gens que vous avez rencontrés l’an dernier vous attendaient cette année ?
Nous étions attendus. C’est émouvant car quand on arrive à New Delhi, vous avez les moines qui vous attendent, qui vous serrent dans leurs bras, ils ont les larmes aux yeux car ils voient que l’on revient, qu’on ne les a pas oubliés.
Et vous avez pu discuter avec eux de s’ils avaient pu mettre en application vos conseils donnés l’an dernier ?
On a beaucoup de satisfactions : que ce soit les moines, les tibétains ou les hindous, ils nous ont dit que tout ce qu’on avait fait leur avait fait beaucoup de bien. On a revu énormément de personnes que l’on avait vues l’année dernière. Une chose fabuleuse qui nous est arrivée : là maintenant un nouveau directeur qui nous a fait visiter l’orphelinat car on se proposait de faire des soins à ces enfants qui sont orphelins. L’année prochaine, il y aura ça en plus : les enfants à soigner en pharmacopée et en massages car leur mettre des aiguilles c’est trop dur pour eux. C’est à Darhamsala.
Revenus au monastère, on s’est tous consultés en disant qu’il fallait faire quelque chose, si on pouvait parrainer ou adopter ? Nous sommes retournés à cinq le premier jour, mon fils avait appelé le directeur et quand nous sommes arrivés il nous avait préparé cinq dossiers, il n’y a pas de hasard. Donc moi, on m’a tendu la photo d’un petit garçon qui a trois ans, qui s’appelle Tcheu Tsang. Il n’a que sa maman qui n’a pratiquement pas de travail. Ce sont tous des cas sociaux.
Et ce petit bout quand je l’ai vu c’est une émotion qui m’a reportée quelques années en arrière car nous avons adopté une petite fille coréenne qui avait 4 ans, qui en a maintenant 34, une jolie poupée. Et ce petit garçon, si vous lui mettez une perruque sur la tête, c’est tout à fait notre fille. Ca a été vraiment une émotion intense. Même mon fils quand il a l’a vu a dit : « on dirait petite soeurette ». Quand mon mari a vu la photo que je lui ai montrée lorsque je suis arrivée à l’aéroport de Lyon, il a dit : « on dirait notre doudoune » et quand j’ai montré la photo à ma fille elle a dit « maman on dirait moi quand j’étais petite ». C’était vraiment quelque chose d’émouvant.
Là, ce sont des enfants qui viennent du Tibet, qui sont orphelins ou dont les parents n’ont pas de travail ou sont malades, donc ne peuvent pas subvenir à leur besoin. Ou ce sont des enfants à qui les parents ont fait traversé le Tibet par des passeurs dans de très très dures conditions, et qui préfèrent que les enfants, aient une meilleure vie en Inde, quitte à ne plus les revoir.
Donc il n’y a pas d’adoption, il n’y a que des parrainages. On paie 23 euros par mois et ça permet à cet enfant de survivre, d’avoir une éducation, d’être logé, nourri. Pour nous c’est très peu, mais pour cet enfant là c’est énorme.
C’est une association qui s’occupe de ça ?
C’est le Tibetan Children Village à Darhamsala. (Pour plus d’informations sur cette association, cliquez ici).
Et ces enfants qui sont là, dont certains n’ont plus de parents, comment sont-ils considérés par le milieu tibétain de Darhamsla ?
Ce sont de petits bouddhas. Comme le notre qui s’appelle Tcheu Tsang Tenzin, c’est à dire sous la protection du Dalai Lama et si c’était Tcheu Tsang Karma, ce serait sous la protection du Karmapa. Il n’y a pas d’adoption car ils veulent qu’ils gardent leurs racines et leur culture. Mais c’est comme les indiens d’Amérique du Nord, c’est un peuple qui est appelé à disparaître par tous les sévices chinois.Eux-mêmes ont conscience de cela ?
Ah oui tout à fait ! Ils s’accrochent vraiment, ils veulent garder leur culture, ils espèrent. Nous avons eu le bonheur et le privilège d’être reçus par le Karmapa et l’autre bonheur c’est que nous avons assisté au retour des Etats-Unis du Dalai Lama qui revenait avec la médaille remise par George Bush. C’est un peuple qui croit encore malgré sa misère, Ils sont dans une misère vraiment terrible.
Nous avons fait des soins l’an dernier à des jeunes et on les a revus cette année, ils ont de 15 à 25 ans, de jeunes filles, de jeunes garçons, certains n’ont plus de lumière sur le visage. Ils ont passé l’Himalaya dans des conditions terribles, ils ont été repris , torturés, ils se sont re-sauvés, ils ont des balafres dans le dos inimaginables et ce qui vous donne à réfléchir c’est que vous, vous leur dites en les soignant, vous dites à l’interprète : « moi j’aurai de la haine car ils vous ont fait souffrir » et eux ils retrouvent leur sourire en répondant : « mais non, il faut les pardonner car ils ne savent pas ce qu’ils font » . Ca vous laisse sans voix. Moi j’en ai vu certains qui pleuraient de voir les tortures qu’ils ont subies, et de voir leur gentillesse, toute cette simplicité, ils n’ont aucune haine, pour eux c’est la paix, le bonheur, la bonté.
Dans notre monastère nous avions un jeune qui avait 29 ans, qui est secrétaire du monastère de Gyuto et qui servait d’interprète entre les tibétains et les acupuncteurs : Quand il voyait que je ne pouvais pas me baisser car j’ai subi une intervention au genou et j’ai des difficultés à me plier, il m’apportait une chaise et me disait : « assis mama, assis mama » et dans la journée il venait me poser la main sur l’épaule et me disait : « ça va mama ? Ca va ? ». Et vers les 10h30, il venait me chercher pour prendre le thé et me reposer. Le jour de notre départ vers Delhi pour reprendre l’avion et il a demandé à l’interprète si je reviendrais l’année prochaine. Alors j’ai dit : « oh non ! L’année prochaine j’aurai 73 ans, je ne pourrais certainement pas revenir, le voyage est trop fatigant » et il a pris ma main, l’a posée sur son cœur et a dit à l’interprète « oh si, mama il faut revenir pour nous ». Qu’est ce que vous pouvez répondre à ça ?
Vous donnez beaucoup, mais vous recevez beaucoup dans un voyage comme celui là ?
Tout à fait, c’est sûr que nous, on apporte, mais eux nous apportent énormément.
Je crois que vous avez aussi une très jolie histoire à raconter au moment du départ, quand vous avez pris votre bus.
Oui, nous avons pris un bus de nuit, on se précipitait pour monter les bagages, et tout à coup dans le halo du camion je me dis : « mais cette dame qui est là dans le froid et la nuit, c’est une personne que je connais » et d’un seul coup j’ai vu ce petit bout à coté, c’était Nima et Tcheu Tsang, la maman et le petit garçon qui m’attendaient et qui m’ont apporté une kata, une écharpe de soir bénie par le Dalai Lama et en plus elle m’a offert une écharpe qu’elle a achetée par ses propres moyens en disant qu’elle avait travaillé très tard dans le nuit pour aller à la bénédiction de Dalai Lama pour faire bénir les écharpes. Elle m’a donné aussi des graines de longue vie pour me protéger, pour que l’année prochaine je puisse revenir la voir avec le petit garçon et d’autres petites graines pour m’apporter plein de richesses, plein de bonheur, pour ne pas que je perde mes affaires…
Je vous assure que quand je suis montée dans le bus, c’était les larmes. Et rien que d’en parler, je suis encore toute émue. Et là je suis en train de préparer un colis pour lui envoyer, pour elle et son petit garçon.
Je ne sais ce que l’année prochaine nous réserve mais de tout mon cœur, j’ai envie de les revoir.
En tous cas, votre famille s’est élargie.
Oui, c’est vrai, c’est ce qu’ils nous disent d’ailleurs, qu’on est leur famille.
Je vous remercie beaucoup Nicole.
Je vous dis « Tou Djé Tché » qui est « merci » en tibétain.
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Humanitrad est une annexe de l’Ecole de Médecine Traditionnelle Chinoise CEDRE basée en France à Valence ( www.cedre-fr.org). C’est une organisation humanitaire de médecine chinoise qui a pour objectif de :
• Développer la pratique de la médecine traditionnelle chinoise dans le cadre de missions de soins à caractère humanitaire, auprès de minorités ethniques ou de populations défavorisées.
• Œuvrer à la collaboration entre les ethnomédecines et la médecine moderne dans le cadre de l'humanitaire et des programmes de santé.
• Favoriser les échanges entre les médecines issues de différentes cultures.
• Contribuer à la préservation des savoirs médicaux traditionnels, autochtones et ancestraux.