Non, non, Il ne s’agit pas des labyrinthes que vous avez eu l’occasion de découvrir durant vos vacances, aménagés dans les champs de maïs, encore que ceux-ci s’en inspirent.
Ce dont on va parler aujourd’hui, ce sont de ces tracés présents dans de nombreuses civilisations et ce dès la préhistoire, dessinés sur des objets ou que l’on retrouve dans la nature.
Introduction
Il existe plusieurs sortes de labyrinthes. Différencions d’abord deux grands groupes. Il y a ceux où l’on se perd et il y a ceux qui nous conduisent au centre pour autant que l’on veuille bien suivre leur cheminement.
Les labyrinthes où l’on se perd
Les labyrinthes où l’on se perd sont aussi appelés des dédales. Dédale, rappelez-vous, fut ce génial inventeur et architecte qui créa le labyrinthe de Cnossos que tout le monde connaît à travers la légende de Thésée et du Minotaure. Dédale est l’architecte de ce Labyrinthe. Selon la mythologie grecque, Minos le fils de Zeus a demandé à Dédale de construire un édifice pour enfermer le Minotaure, un monstre à corps d’homme et à la tête de taureau. Thésée qui était le fils du roi d’Athènes Egée a tué le Minotaure grâce à l’aide d’ Ariane, fille de Minos, et il put trouver la sortie du labyrinthe.
Les labyrinthes dans lesquels on ne se perd
Les labyrinthes dans lesquels on ne se perd pas, ont une origine bien antérieure à celle du dédale. Parmi ces labyrinthes à voie unique, certains font figure de véritable symbole universel car on en retrouve dans le monde entier, au sein de cultures différentes et à des époques variables. On a pu en observer dans des lieux aussi divers que le Pérou, l'Arizona chez les indiens Navajos et les Hopis, l'Islande, la Scandinavie, l’Europe Centrale, la Crète, l'Egypte, l’Inde et Sumatra.
Relevons encore que l’étude du labyrinthe à voie unique nous emmène dans un voyage de plus de 4000 ans et personne n’a pu véritablement expliquer à ce jour ses origines.
Les supports sur lesquels on a retrouvé la présence de ces labyrinthes sont d’une grande diversité. On en observe gravés dans un rocher, tissés dans la trame d’un panier, construits à terre à l’aide de galets, creusés dans l’herbe ou encore dessinés dans des édifices religieux.
Comment un tel symbole a-t-il pu traverser le temps et l’espace ? Le mystère reste entier.
La forme
Il existe donc plusieurs formes de labyrinthes à voie unique.
Le labyrinthe classique à trois ou sept circonvolutions, que l’on appelle aussi «crétois». Il a une origine préhistorique.
Le labyrinthe romain, souvent de forme carrée, complexe et sinueux, se retrouve principalement sur des mosaïques décoratives.
Le labyrinthe médiéval, d'abord utilisé en miniature pour illustrer des manuscrits, puis, à partir du XIIe siècle, incorporé au sol dallé de nombreuses cathédrales.
Les labyrinthes « baltiques » retrouvés, en grand nombre en Europe du Nord et en Scandinavie, sont de grandes constructions extérieures formées de pierres et de rochers. Construits sur la base du motif classique, ils comportent souvent une circulation à deux voies.
Ils sont souvent de forme circulaire, mais certains sont carrés ou même octogonaux.
Signification
La signification initiale du labyrinthe serait en Occident d’ordre sacré, c’est du moins ce qu’avance l’historien des religions Karl Kerényi. Ce labyrinthe à voie unique serait lié à des cérémonies chorégraphiques.
Un des plus connus se situe en Crète: c’est le labyrinthe du Minotaure construit par Dédale sur ordre du roi Minos pour y faire enfermer la créature monstrueuse le Minotaure. C’est Thésée qui viendra à bout du Minotaure et pourra ressortir du labyrinthe grâce au fil qu’Ariane lui aura remis.
Voici ce que dit Jean Pierre Bayard, spécialiste de la pensée symbolique:
« Thésée est un héros athénien qui doit se confronter à un animal fabuleux, dangereusement cornu, le Minotaure. Un combat singulier et ténébreux se consomme à l’intérieur de la terre : l’intelligence intrépide et lucide de l’homme domine les instincts des monstres. Ariane, la porteuse de lumière a remis à l’audacieux une épée à double tranchant et un fil conducteur permettant de sortir du gouffre infernal conçu par Dédale. Thésée à la sortie de l’obscur labyrinthe, exprime sa joie en dansant, entraînant ses amis dans la farandole des grues…
Voyager dans le labyrinthe souterrain prouve notre connaissance des forces telluriques et cosmiques. Le dédale symbolise la trajectoire de la vie qui est rythme ; il matérialise les rites de passage qui conduisent de l’éphémère à l’éternel, du profane au sacré. Son couloir initiatique donne accès à un centre qui convie à notre réintégration en faisant briller en nous la lumière de l’espoir et de l’amour ».
En parlant des grues justement, elles sont souvent liées aux labyrinthes : Depuis la préhistoire, ce sont des oiseaux sacrés pour les peuples de la méditerranée orientale. (le symbole de la grue est un emblème de longévité et de sagesse surhumaine, elle est chargée d’emmener les âmes des morts au Ciel. Lorsqu’elles volent dans le ciel, elles symbolisent une élévation de statut). Et on les retrouve A Délos, une des îles des Cyclades où l’on dansait la danse de la grue. Les pas suivaient le chemin du labyrinthe classique à 7 circonvolutions.
À Val Camonica en Italie, il existe dans le rocher des gravures sur lesquelles on reconnaît une grue à proximité immédiate d’un labyrinthe à 7 circonvolutions.
Sig Lonegren nous rappelle que la grue était l’oiseau sacré du Dieu Mercure (ou Hermès pour les Grecs).
Le rapprochement de la grue avec Mercure a incité Sig Lonegren à faire quelques recherches du côté de la planète Mercure. Et quelle ne fut pas sa stupéfaction, quand, avec l’aide d’un météorologue, il découvrit le tracé annuel de Mercure dans le ciel. Mercure a un mouvement rétrograde 3 fois par an et a un mouvement direct 4 fois par an. Exactement comme le chemin classique gauche d’un labyrinthe à 7 circonvolutions.
Stimulé par ces découvertes riches en similitudes, il a continué ses recherches tout azimut et il a pu faire de nombreux autres rapprochements avec la géométrie sacrée, les chakras, les miroirs et leur symbolisme pour ne citer que ceux-là.
On dit aussi que Les proportions du labyrinthe correspondraient au nombre d'or : 1,618 dont nous avons parlé la dernière fois.
C’est dire si le labyrinthe à sept circonvolutions est riche en reflets avec notre monde vivant. D’ailleurs, quand on l’observe on ne peut s’empêcher de voir aussi des similitudes morphologiques avec le corps humain, tantôt il évoque un cerveau ou alors dressé verticalement on reconnaît un rein.
On n’est pas étonné de retrouver un grand nombre de labyrinthes à voie unique dans les églises. Ceux-ci ont souvent été tracés à large échelle sur le sol des cathédrales françaises à partir du XIIIème siècle pour symboliser le cheminement du fidèle à travers sa foi. Les plus fameux se trouvent à Chartres, Amiens, Reims, Saint-Omer, pour ne citer que ceux-là. On les a appelés au fil des siècles « le chemin de Jérusalem », « la Via Dolorosa »)... Le centre, lui, était nommé « paradis » ou encore « Jérusalem ». Ces chemins étaient suivis, parfois à genoux, par les pénitents qui ainsi réalisaient symboliquement un voyage en Terre Sainte …
Le labyrinthe rappelle au fidèle que c’est souvent lorsqu’on a l’impression d’être éloigné du centre que l’on se trouve, en somme le plus proche du but. La leçon du chemin labyrinthique nous enseigne qu’il ne faut pas se fier à nos impressions car elles ne sont souvent qu’illusion. Le labyrinthe à voie unique invite à faire confiance au chemin qui nous est donné. Et s’il y a une personne dont on doit se méfier, ce n’est que de nous-mêmes.
Les représentations de cercles magiques ou sacrés foisonnent dans les pays d’Asie et de l’Inde sous la forme de Mandalas qui sont de véritables labyrinthes invitant à rejoindre le centre. Nous vous les présenterons dans une autre émission. En Chine, dans la grotte de Tong Ting on trouve des labyrinthes gravés, sous la forme de chemins d'encens dont la consumation sert à mesurer le passage du temps.
En Scandinavie, des labyrinthes ont des murs de pierres de différentes dimensions qui délimitent les chemins. La figure de fylfot est une sorte de svastika sacré. Le svastika est donc un très ancien symbole utilisé depuis des milliers d’années dans pratiquement toutes les civilisations humaines comme signe de bonne chance, de protection, comme une matérialisation de la vie et du changement des saisons dans une année. Il prend souvent une forme rayonnante à 4 branches, mais on connaît des formes avec seulement trois branches, (comme dans la forme celte). A l’origine, il pouvait être une représentation du soleil et de la lumière comme énergie première, source de toute vie et de toute perpétuation de la vie. Il aurait également pu représenter le feu. (Pour en savoir plus, cliquez ici)
Mais reconnaissons que malgré toutes ces tentatives d’explications, le labyrinthe n’a pas encore livré tous ses secrets. D’où vient-il ? De quand date-t-il ? Pourquoi est-il omniprésent en Occident ? Que signifie-t-il exactement ? Toutes ces questions restent en suspend.
Dessiner un labyrinthe
Pour terminer, nous vous proposons de dessiner vous-même un labyrinthe. On a choisi le « type crétois ».
À première vue, la forme de ce labyrinthe semble assez complexe et difficile à reproduire. Mais lorsque l’on connaît le procédé, même un enfant de 5 ans est capable de le dessiner.
Il faut commencer par tracer une croix d’environ 3 centimètres de haut et de large. Ensuite, on ajoute 4 points au centre des 4 quadrants de la croix. Ainsi, la structure de base est posée. A présent, on pose son crayon au sommet de la croix et l’on dessine une anse, comme une petite canne vers la droite et on rejoint le point du quadrant supérieur droit de la croix.
Puis, prenons un autre départ depuis le point du quadrant supérieur gauche et nous dessinons une autre anse parallèle à la première et nous rejoignons l’extrémité droite de la ligne horizontale de la croix.
Ensuite, on part de l’extrémité gauche de cette ligne horizontale jusqu’au point du quadrant droit inférieur.
Et on termine notre labyrinthe en partant du point qui se trouve dans le quadrant inférieur gauche pour rejoindre le bas de la ligne verticale de la croix centrale.
Le labyrinthe que nous venons de dessiner est un labyrinthe gauche à 3 circonvolutions car quand on entre, le premier virage se fait sur la gauche. Nous pouvons tout aussi bien dessiner un labyrinthe droit, pour cela, il suffit de commencer son dessin en partant avec une anse sur la gauche. Essayez d’en dessiner plusieurs. Vous verrez qu’il est étonnant de découvrir le plaisir qu’on a à le faire. Sig Lonegren, passionné de labyrinthes et auteur d’un livre à ce sujet, prétend même qu’au bout d’une dizaine de dessins, notre intellect s’efface au profit de nos mains qui, pour reprendre ses termes « voient » le tracé. Il n’hésite pas à qualifier de « magique » ce symbole et selon lui, il représente un moyen intuitif pour accéder à la connaissance.
Nous venons de dessiner un labyrinthe à 3 circonvolutions. Mais le labyrinthe le plus souvent représenté est à 7 circonvolutions. Sa construction est tout aussi facile, il suffit d’intégrer dans les quatre quadrants de notre croix de départ, quatre angles droits et ensuite de placer quatre points au centre de ces angles droits.
A bientôt !